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 Attendre

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clo
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MessageSujet: Attendre   Jeu 6 Juil - 22:23

Voici un essai sur tout et n'importe quoi que j'ai écris il y a plusieurs mois. Ca n'a pas vraiment de sens, mais c'est très libérateur d'écrire ce genre de chose.

Par contre, c'est (encore) assez long, je vous le mets sur plusieurs messages...
EDIT : je viens de me rendre compte qu'effectivement c'était bien long donc pas grave si vous finissez pas...



Dans la vie, on ne fait qu’attendre. Attendre la fin d’une réunion pour aller déjeuner et attendre la fin du déjeuner pour se remettre au travail et attendre la fin de la journée pour rejoindre sa maison... La vie, ce n’est que cela. Si l’on ôtait les minutes d’attente dans une seule journée, je crois qu’il nous resterait qu’une moitié pour vivre réellement. Mais cette attente fait partie de la vie, donc vivre, c’est attendre. Et attendre la mort. Attendre de mourir pour pouvoir voir ce qu’il y a derrière.
Moi aussi, ça m’intéressait de savoir ce qu’il y avait derrière la fin de la vie, derrière ce tout petit instant de mort. Mais depuis ce jour de novembre où me voiture s’est encastré dans une barrière d’autoroute, je me dis que j’aurais préféré ne jamais savoir. Je suis morte le 12 novembre et je suis toujours au 12 novembre. Comme la vie n’était pas assez ironique, il a fallu qu’après la vie j’en vive une autre. Une autre vie, une autre attente. Car oui, après la mort, il y a l’attente. Mais le pire dans cette attente, c’est qu’elle paraît vaine car on ne sait pas à quoi s’attendre. La notion du temps a comme disparu donc, inutile de dire qu’attendre sans temps, attendre une chose sans savoir même où se trouve le présent, c’est effrayant. Oui, la vie après la vie est effrayante. Je suis seule avec moi-même, avec mon esprit. Je ne sais pas si j’ai un corps, ni où je suis. Il ne fait ni blanc, ni jour, ni rouge, ni nuit, c’est juste ici, et pas forcément maintenant car le temps n’existe pas. Je n’ai que des pensées et des souvenirs, des souvenirs de temps, d’êtres, de sensations. Être mort, c’est donc avoir des souvenirs dans un nulle part et à l’abris du temps. Etre mort, ce n’est même pas se faire chier. Alors je réfléchis, je pense, je rumine. Vu que tout ce que j’ai, c’est l’intérieur de moi, que l’extérieur est inconnu et impalpable.
Je ne suis même pas triste d’être morte, je me sens même bien, comme apaisée. J’ai lu quelque part que lorsque l’on mourrait, il y avait ce fameux tunnel blanc. Moi, j’ai du le passer en quatrième vitesse car je n’en ai aucun souvenir. Je me rappelle juste de la radio de la voiture, c’était une chanson un peu pop, puis il y a eu la voix du présentateur. Et ensuite, le camion devant a pilé, j’ai du tourner le volant, je ne savais pas quoi faire d’autre. A l’auto-école, on vous apprend à bien conduire mais pas à bien avoir un accident, donc on est livré à soi-même. J’ai foncé vers une barrière et un gros bruit a éclaté mes oreilles. Il les a éclaté car même là, je n’entends rien, c’est très silencieux la mort. Et vu que notre corps n’est pas, ou alors très vide, on ne s’entend même pas soi-même. Les battements de coeur, la respiration, les craquements de la charpente : tout cela est envolé. Il n’y a plus que le silence à l’intérieur. Je n’ai jamais cru en Dieu, toutes ces histoires de Paradis et d’Enfer ça me passait vraiment au dessus de la carafe. Je croyais à d’autres choses, c’est vrai, mais ma vie spirituelle n’a jamais été très pénétrante. Mais maintenant, alors que je suis morte, je me rends compte que je ne suis pas qu’un tas de viande grignoté par des vers. Je suis bel et bien une entité aérienne, un voile de vie, une âme je crois. Donc là, j’aurais vraiment bien aimé que le Paradis existe, histoire de ne pas vivre tout cela toute seule. Je ne m’ennuie pas, mais j’attends. C’est comme si toutes ces bêtises que j’entendais à la télé, comme quoi nous étions des êtres qui vivions seuls, et que nous mourions seuls, étaient finalement vraies. On fait vraiment tout tout seul, même attendre. Même si après avoir attendu « Godot », il fallait encore en attendre un deuxième pour rejoindre encore un nouveau monde. Parce qu’il est clair que dans ma situation, je me sens persuadée d’attendre pour aller autre part, pour rencontrer quelqu’un d’autre. Même si je ne suis plus tout à fait humaine, il me reste des habitudes comme celle toute bête d’attendre après une chose. Je ne peux pas concevoir de n’attendre rien du tout. Ce serais idiot, c’est inconcevable.
« -J’attends.
-Ah bon, tu attends quoi ?
-Rien de spécial, j’attends quoi....
-Hmmm, tu ne crois pas que tu attendes quelque chose de précis ?
-Non, j’attends, c’est tout.
»
Non, ce serait trop bizarre, je deviendrais une âme folle si je devais attendre rien. Être seul avec soi, c’est se poser beaucoup de question de ce genre. J’ai l’impression de n’être qu’un cerveau qui pense, je ne peux pas parler, pas bouger, pas toucher ni entendre. Alors je pense. C’est comme si la mort c’était le quasi contraire de la vie : on pense plus que l’on agit. On pense à toutes les choses auxquelles on n’a pu penser durant la vie.

« Je pense donc je suis. » Ce qui sous-entend qu’on « est » plus en étant mort que vivant. Ca vous fout une de ces frousses !


...

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Dernière édition par le Jeu 6 Juil - 22:26, édité 1 fois
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clo
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MessageSujet: Re: Attendre   Jeu 6 Juil - 22:24

...suite


Et puis, cette attente me permet de penser aux gens qui ont croisé le chemin de ma vie. Je ne ressens aucune peine, aucun regret. Toutes ces personnes que j’ai aimé, ouvertement ou en secret gravitent dans mon esprit, elles sont comme un bagage. Parce que même si on est seul toute sa vie durant, même l’humain est un solitaire, je suis sûre qu’il a tout de même besoin des autres. La confrontation de deux solitudes fait toujours un joli mélange. Ca donne deux solitudes un peu moins seules.

Je repense à ma mère. Une mère c’est une sorte de ponton, notre petit bateau la quitte pour aller visiter la mer mais il sait toujours qu’il pourra venir s’y raccrocher. Un ponton s’est aussi très solide, on y enroule sa corde et on est sûr que le bateau ainsi maintenu ne pourra pas s’échapper au gré des flots. Une mère s’est quelque chose de fort, c’est la base, la fondation de notre existence. On peut l’aimer de tout son coeur, vivre une relation fusionnelle avec elle, ou au contraire la détester, on sait très bien au fond de nous qu’elle sera toujours là, qu’il ne sera même pas question de pardon car un seul regard et on est pardonné.
C’est étrange mais quand j’y repense, les derniers mots que j’ai entendu avant de mourir, à part ceux du présentateur radio, furent ceux de ma mère.
« -Soit prudente sur la route. »
On n’écoute jamais assez sa maman. Merci maman de m’avoir conseillée.
Je repense à ma mère car quand on meurt on revient aux toutes premières choses de la vie. Je ne pense pas à mes amis, à mes Amoures mais à ma maman qui m’a donné naissance, à cette femme qui me manquait lorsqu’elle n’était pas là mais qui m’insupportait dès qu’elle me parlait. Je l’adorais, je pense que je l’adore toujours, mais elle me faisait dresser les cheveux sur la tête. Une maman c’est ça, une personne qu’on ne choisit pas, qui ne nous a pas choisit non plus, qu’on peut haïr ou aimer mais qui de toute façon est présente partout car elle est nous et on est elle. Une mère c’est un bout de nous.
C’est étrange que cela ne me rende pas triste, je repense à ma mère, à son visage, son sourire que je ne reverrai probablement jamais mais ça ne me fait rien. Je ne voulais pas mourir au moment de l’accident, si j’avais pu choisir, je l’aurais bien sûr évité. J’aurais sans doute voulu revoir ma mère, mes frères, mes amis. Mais à l’heure de ma mort, je me sens bien, je n’ai pas de peine comme si j’avais relativisé ma situation en un temps record. Comme si arrivé à la fin, plus aucune barrière ne nous empêchait de penser, de voir le choses en face. Je suis morte. A quoi bon avoir peur, je ne peux plus souffrir. A quoi bon refuser, aucun retour en arrière n’est envisageable. Je suis morte et je navigue là, sans corps à attendre. La vie nous détache de tout état d’âme pour nous faire voler, libre. Je ne me sens ni dans le ciel, ni sous terre. Je me sens en moi, calme. Plus besoin de manger, de boire, de faire du sport, de vouloir maigrir, grossir, jouir, rêver, danser, courir après le bus, aller au cinéma, enregistrer une émission à la télé..... Je suis encore moi, mais que moi. Plus besoin de remplir mon existence avec du futile, plus besoin de parler pour rien dire avec des gens que je n’aiment pas. Plus besoin d’hypocrisie, de réveil, de mensonge, d’amour, de sourire. Je me suis libérée de ma vie, cette barrière d’autoroute m’a coupée de la vie.

Comment décrire cette sensation à des vivants ? La solitude étant la plus grosse crainte d’un être humain. En vie, la solitude mène à l’ennui et l’ennui à la dépression. Être seul, c’est être sans, c’est se sentir inutile et sans considération. Alors qu’une fois mort, cette solitude c’est être avec, c’est se sentir plus utile que jamais et sans aucun besoin de considération. Je ne me suis jamais sentie aussi en paix, je suis moi et le monde entier. Je suis une entité abstraite.

Je n’ai même pas besoin d’amour. Pourtant, en vie, c’était mon but premier, comme tout le monde. Chercher la perle rare, slalomer entre les clichés et espérer une vie de cinéma. Un baiser parfait, les mains parfaites, le parfait sourire, la parfaite démarche dans le jeans parfait. La perfection, tout comme moi, est une entité abstraite alors pourquoi vouloir à tout prix la posséder ? J’étais jeune, je croyais encore au Monde où les couleurs ne faisaient pas de mélanges, ou seuls le blanc et le noir régnaient. Le gris, le rose, le vert pomme n’existaient pas dans mon esprit. Je ne vivait qu’au travers les autres, par eux et pour eux. Ne pas froisser celui-ci, ne pas blesser celui-là sans oublier les sentiments de celle-ci..... Et moi dans tout cela ? Avoir envie, avoir besoin, c’était toute ma vie. Ne plus connaître ni envie, ni besoin, c’est toute ma mort.

Je n’ai jamais cru en Dieu, je n’ai jamais cru au destin. Et même maintenant, enfin ici, je n’y crois toujours pas. Je ne pense pas que cet accident était « écrit » sur mon acte de naissance. D’ailleurs « écrit » : par qui ? Où ça ? Et pourquoi ?
J’ai toujours eu la certitude que l’Homme ne voulait jamais rien assumer. Il fallait sans arrêt qu’il mette tout sur le dos de quelqu’un. A commencer par Dieu. Je trouve que croire en Dieu, c’est comme manquer de confiance en soi. Et puis surtout, j’ai toujours été du genre à ne croire que ce que je voyais. Ainsi, il m’a toujours été impossible de concevoir qu’un être immatériel caché dans les nuages ou je ne sais où avait pu créer les arbres, les oiseaux, l’herbe et les hommes d’un coup de baguette magique.
Et même si après ma mort, je sais que je peux toujours penser, que je flotte dans de l’étrange, ce n’est pas ça qui va me faire croire en Dieu. Je suis arrivée à un stade spirituel avancé certes, mais je suis persuadée qu’il n’y a rien de magique là dedans.
Oui, voilà, pour moi la religion c’est de la magie même si je sais très bien que lorsqu’on croit c’est quelque chose de très intérieur, de mental, ça fait partie de sa vie. Mais j’ai déjà demandé à une croyante « Où est Dieu selon toi ? », et elle a eu du mal à me répondre, elle a bafouillé un vague « quelque part ». Mais elle était persuadée que son Dieu avait créé la Terre, les arbres et les animaux. Si je lui demandais comment il avait pu faire une telle chose, elle n’arrivait pas non plus à me l’expliquer ! Parce que Dieu est un être magique ! Je pense que Dieu existe plutôt dans chacun des croyants, chacun le voit d’une image différente (et à mon avis à sa propre image !). La science existe aussi, le Big Bang, les dinosaures, la fonte des glaces etc… Lorsque j’ai parlé de cela avec ma croyante, elle a nié ! C’est pour cela qu’on ne pouvait pas parlé entre nous, on tournait en rond : je croyais à la science et elle en Dieu. Pour elle le Big Bang était une infamie ! Je disais « Comment peux-tu nier une telle chose ? » elle me répondait « Et toi, comment peux-tu nier Dieu ? ». Elle m’a appris certaines choses de sa religion mais elle ne pouvait me faire comprendre réellement ce à quoi elle croyait. Nous étions dans une impasse.
Malheureusement, certains encombrent parfois cette impasse d’intolérance, de mépris et de peur. Ca n’a pas été notre cas, nous avons parlé d’autres choses, mais bizarrement c’est elle qui le plus souvent essayait de me faire croire à son Dieu plus que moi à la science. Elle trouvait plus aberrant que je ne puisse croire en une religion (en particulier la sienne) que moi je ne trouvais fou qu’on puisse adorer un Dieu. Il y avait bien sûr beaucoup de respect dans nos paroles, mais c’est elle qui écarquillait le plus les yeux que moi ! Avec le recul, je comprends qu’en tant qu’athée, je sais que les autres religions existent et, même sans y adhérer, je respecte les gens qui croient et je pense que j’avais une certaine tolérance. Mais, lorsqu’on croit en une religion bien particulière en s’enferme dans quelque chose dès lors qu’inconsciemment on rejette toutes les autres formes religieuses. En tant qu’athée, j’étais sans doute plus ouverte aux religions qu’un croyant lui-même…

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MessageSujet: Re: Attendre   Jeu 6 Juil - 22:25

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C’est étrange que je me souvienne de cette conversation sur Dieu, c’est surtout étrange qu’elle me revienne avec tant de netteté. C’est comme si ma mémoire intacte était aussi décuplée par ma mort. Comme si quelque chose me forçait à me souvenir car je n’ai plus que ça : des souvenirs de vie.
Ces souvenirs ne sont que d’ordre métaphysique, et je repense à des choses très futiles. Mais si j’y repense à l’heure de ma mort, est-ce bien si futile ?
Je repense aux chaussures. Je ne sais pas pourquoi j’ai toujours aimé les chaussures. Mais non seulement je les aimais, mais elles devenaient un critère de jugement. C’est très intéressant d’avoir ce genre de souvenir une fois décédée car je me rend compte que cette manie était presque inconsciente. Dans le métro par exemple, quand je sentais qu’une présence masculine s’asseyait à côté de moi, je baissais les yeux. Si ses chaussures ne me plaisaient pas, je n’avais pas besoin d’aller jusqu’au visage : je savais d’emblée que lui non plus ne me plairait pas. Et ce n’était pas trop une question d’esthétisme en fait. Quand j’y repense, je ne peux plus me mentir à moi-même, c’était plus un « genre » de chaussures qualifiant un « genre » de personne. J’étais peu matérialiste (enfin comme tout à chacun) mais ça, cette ségrégation par la chaussure était ancrée en moi. Il est vrai que la société dans laquelle j’évoluais n’était faite que de ça : de genres, de classes, de modes, de groupes, de clans, de meutes !! Si une personne avait des chaussures vernies à glands ou des baskets à bulles d’air intégrées, j’avais de suite un mouvement de recul.

J’avais des préjugés.

Quand j’y pense, j’avais sans doute plus de préjugés au niveau vestimentaire que religieux. Etais-je un être horrible ? Pff, à quoi bon se poser cette question, je ne suis même plus un être.
La chaussure fait-elle l’Homme ? Est-on les chaussures que l’on porte aux pieds ?
Les chaussures nous représentent, j’en suis sûre. D’ailleurs, je ne me souviens plus de celles que je portais au moment de l’accident… Tiens, ma mémoire me fait défaut !
Je déteste avoir des trous de mémoire, on m’a toujours dit que j’avais une mémoire d’éléphant. C’est étrange de si bien me souvenir d’une conversation sur Dieu et de ne pas me rappeler des chaussures que je portais lors de mon décès…..

« Mon décès »… « Je suis morte »…. Je ne pensais pas pouvoir dire ça un jour. C’est fou de voir à quel point la vie est courte et au final, ne sert strictement à rien. Vivre, ça sert à quoi ? A rien. On vit un point c’est tout. Le tout est de savoir vivre le mieux possible. On vit pour mourir de toute façon alors à quoi bon. Je n’ai jamais été suicidaire, mais je pense que j’aurais peut-être du ! On n’arrête pas de nous seriner que la vie est « trop précieuse ». Précieuse pour quoi ? Pour qui ? « Trop » précieuse ? Parce que si on se suicide on meurt ? Grande nouvelle : même en vivant on mourra un jour ? Lorsqu’on est mort, on prend du recul, on est attaché à rien. La vie c’est une tissage de liens, ça emprisonne. Ce sont les autres qui nous font vivre. Seuls, on se suiciderait ! Personne pour vous regarder, vous apprécier, vous admirer, vous insulter, vous câliner, vous blâmer, vous aimer, vous critiquer….Seul on est personne. C’est l’amour qui nous fait vivre. Si le lien n’existe pas, aucune raison d’attendre la mort tout seul. On attend la mort entre amis, en couple, avec une famille pour se réconforter. Tout le reste n’est que futilité ! On pourrait très bien vivre comme des singes, nus, grimpant dans les arbres, manger des fruits et boire l’eau des rivières. Mais, il a fallu qu’on crée des routes, des immeubles, des feux tricolores, des voitures, des centres commerciaux…. Il a fallu qu’on se cultive, qu’on éduque, qu’on travaille, qu’on fasse de l’argent, qu’on parte en vacances ! L’humain s’est créé des chaînes. On a donc créé le stress, l’angoisse, la dépression, l’envie, la cupidité, la marginalisation…
Quand j’y pense, maintenant, morte, je trouve la vie d’un Homme absolument ratée ! On est enfermé dans une sorte de bulle hermétique, sans se rendre compte qu’à l’échelle de l’Univers on n’est rien qu’une poussière. Mais on se force tout de même à travailler pour gagner de l’argent, on se stresse pour savoir si on va réussir ou non cet examen crucial. Crucial ? Y-a-t-il vraiment une chose qui mériterait d’être cruciale sur Terre ? C’est sûr que maintenant qu’on a tout bousillé, le crucial serait de rendre la planète potable pour les enfants qu’on a eu l’égoïsme d’engendrer.
Je me sens tellement amère envers la vie. C’est la première fois depuis que je suis là que je ressens quelque chose. Ou peut-être que je l’invente cette amertume… Je vois tout avec un grand angle maintenant, ma vie est toute petite et je vois enfin La Vie. Je suis déçue d’avoir eu ses craintes, d’avoir pleurer, d’avoir passer des années enfermée dans des écoles alors que dehors le soleil brillait. J’aurais du être marginale et voir la vie comme un singe !

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MessageSujet: Re: Attendre   Jeu 6 Juil - 22:25

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J’en ai assez d’attendre ici ! Je pense à des choses bêtes, je ne suis sans doute pas le grand esprit que je pensais être ! La vie est sûrement une chose ratée, mais la mort est beaucoup moins distrayante. Je ne peux que réfléchir, que me souvenir.
Je me souviens de l’amour. Chose douce. Lorsque je suis morte, j’étais amoureuse. Il s’appelait…..Trop de souvenirs doit tuer le souvenir, me voilà avec un nouveau trou de mémoire. Comment s’appelait-il déjà ? En tous cas, il était très beau…..enfin, je crois. Il s’est effacé !! Je ne m’en rappelle plus ! Comment est-ce possible ? Pourtant il me semble que je suis restée longtemps avec lui. Quatre ans ? Peut-être moins, deux ans ? Ou six mois ? Mon amour s’est envolé…. Je ne peux même pas pleurer, même pas avoir de la peine de ne plus m’en souvenir !
En revanche je me souviens très bien de mon amour de primaire. Oh oui, il s’appelait Yannick, il était brun, des yeux noisettes. Il m’avait fait un bisou sur la joue derrière un banc de la cour. Comment puis-je me souvenir de ça ?
Il faut que je fasse travailler ma mémoire car elle commence sérieusement à dérailler !
Alors, après la Primaire, il y a eu le collège. J’avais une prof que ressemblait à un rat ! Et je détestais le sport, surtout la course à pieds qui m’ennuyait prodigieusement. Mais dans quelle ville était-ce ? Aucune idée.
Puis le lycée, je me souviens des distributeurs de bonbons sous un grand préau gris. J’ai eu aussi quelques amis. Il y avait une fille blonde assez grande….Quel était son nom déjà ? Mince ! Envolée elle aussi ! Mais qu’est-ce qui m’arrive ? J’ai l’impression d’être un disque dur dont on jette les fichiers un à un.
Après le lycée ? Impossible de m’en souvenir. Je suis trouée, ma tête se vide. Vite, pensez à quelque chose. La Maternelle ! Les balançoires vertes, la bac à sable et ma copine Magali. Tout me revient de façon si claire ! Les dessins au gros feutre, les pots de colle, les cheveux de la maîtresse ! Vite, vite encore !
La crèche. La crèche ? Je ne savais même pas que j’y étais allée ! Ma poussette avec les moutons dessinés sur le tissu, un hochet rouge, un tapis de jeu, un mobile. Comment est-ce possible que ma mémoire fonctionne à l’envers tout à coup ? Des souvenirs si vieux, si lointains qui ne refont surface que maintenant. Etait-ce cela que j’attendais ? Mais je ne veux pas perdre mes souvenirs, c’est tout ce qu’il me reste.
Le visage de ma mère ! Comme elle est jeune ! Le bain, l’odeur du savon qu’elle fait mousser dans mes cheveux. Et les photos qu’elle prend de moi sous toutes les coutures. Ce flash m’éblouit à chaque fois ! Ah, le goût de mon pouce, la chaleur du ventre de ma mère. Et son sein.

Je me sens partir, faisant un chemin bien connu à l’envers. Comme lorsqu’on marche dans ses propres traces laissées dans la neige. Je connais cette route, je connais cette chaleur. Où va-t-elle me mener ? Je ne me souviens de rien que de ce bruit lointain, la voix douce de ma mère, le murmure de l’eau. Tout est sourd, il y a beaucoup de lumière et des ombres dansent devant moi. Et toujours cette eau. Je crois que je m’endors, je me suis si légère, si petite.
Je…



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MessageSujet: Re: Attendre   Ven 7 Juil - 12:50

J'ai tout lu!!

Bien, j'ai trouvé ça pas mal, assez original de suspendre un temps et de l'étirer. J'ai trouvé un peu longuet quelquefois, sans trop savoir jusqu'où ça va nous mener mais la fin coule de source, donc je te dis "Bravo"!

Wink
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