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 Obsession

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clo
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MessageSujet: Obsession   Mar 14 Fév - 13:33

Bon je me relance hihi !

Voici un texte qui se nomme Obsession, je l'ai écrit il y a maintenant un peu plus de deux ans. Je vais n'en mettre qu'une partie pour le moment car il est assez long et en un seul post j'ai peur que ce soit indigeste.

Tout a commencé le jour où ma joue droite se trouva lacérée de bas en haut par un coup de griffe malencontreux. Déjà que je ne portais pas cette boule de poils miauleuse dans mon cœur, cette balafre à 10 ans ne fit que dégrader notre relation. Une haine pour ainsi dire viscérale me submergea à l’instant même où je sentis la flux chaud de mon sang dévaler mon cou. Cet animal devint le Mal personnifié, l’ennemi à combattre et, pourquoi pas, le Diable réincarné. Chaque pas qu’il faisait, la queue haute, l’air hautain, me révulsait. Pansé sur tout la longueur de la joue, je regardais se mouvoir cet être infâme dont chaque râle, chaque soupir avait sur moi l’effet d’un coup de clairon en plein tympan. Ce chat m’étais devenu insupportable. Il avait osé, avec ce minois innocent et vil qui le caractérisait si bien, trancher ma peau et en faire couler le sang.

Mon visage ! Mon visage était à présent définitivement affublé de cette tare disgracieuse, de cette cicatrice brune que même un pirate refuserait de porter. Cette chose avait brisé ma beauté juvénile d’un coup de patte et m’avait rendu laid Il fallait qu’elle paye.

Caché sous une cagoule, je me mis à parcourir les épiceries du quartier à la recherche de ma vengeance. Des picotements de plaisir frôlaient mes flancs et grimpaient jusqu’à ma nuque. Mes dernières étrennes passèrent dans l’achat de deux flacons de « Mort-aux-rats », secrètement rebaptisés « Crève- Minou » par mes soins. Je passai la nuit précédant mon délicieux forfait, caressant ma balafre avec un sourire d’excitation. Ma haine n’avait plus aucune limite, elle dépassait tout, je ne pensais qu’à ça, qu’à cette chose crevant, l’écume aux moustaches, les pupilles révulsées. Je voulais la voir de mes yeux, se tortiller, souffrir, pousser son ultime râle silencieux, l’iris palpitante, le corps tendu de douleur. Oui ! Rien ne m’aurait fait plus plaisir que de voir ce sac à puces mourir grâce à moi.

Le lendemain, je tuai mon chat. Ses croquettes avaient dû avoir un drôle arrière-goût! Je jubilai de plus belle lorsque enfermé dans une boîte à chaussures, il fut enterré au fond du jardin. J’avais réussi ! Rien, à ce moment, n’aurais pu troubler ma jouissance intérieure. Ma cicatrice devint lisse, j’étais tout à coup infaillible.
Cette première victoire me donna envie de poursuivre mon chemin à travers le crime. Je sentais que ma haine envers les chats ne s’étaient pas estompée à la mort du mien. J’avais la sensation malsaine que je devais cette griffure à toute la race de ces félins domestiqués. Commença alors une traque sans relâche, débutant par les chats du quartier puis s’étendant jusqu’à la ville entière. Les clones parfaits de ma victime originelle furent les premiers touchés ; répliques « copier/coller » de mon agresseur, ils n’avaient de cesse de me donner la nausée. Ma violence redoubla mais je ne voulais en rien m’arrêter. Je renouvelais donc ma ruse de la pâtée empoisonnée mais je fus rapidement lassé de cette mort lente et silencieuse. Je commençai donc, au bout de quelque temps, une grande campagne de lynchage collectif. Je demandai un lance-pierre à ma mère pour mon anniversaire. Elle ne s’en inquiéta point, j’avais dix ans, c’était dans la logique de ma croissance. En deux mois, j’avais assassiné vingt-cinq chats. Peut-être même plus…..Chaque meurtre me rendant chaque fois plus dément, mes calculs furent brouillés.


(to be continued)

clo

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Zitoun
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MessageSujet: Re: Obsession   Mar 14 Fév - 21:10

pale
J'ai hâte de connaître la suite de cette histoire de KKK...(Kid Kat Killer!)

Ztn Suspect
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MessageSujet: Re: Obsession   Mer 15 Fév - 11:27

Hihi, pas mal de KKK Wink

La suite dans quelques temps, promis !

clo

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MessageSujet: Re: Obsession   Ven 17 Fév - 15:05

Heu, pas touche à mon chat...


Bon, j'en ai pas, certes, mais quand même...

Clo, on reste amis, hein ? rappelle-moi de ne jamais te griffer... cat

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clo
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MessageSujet: Re: Obsession   Ven 17 Fév - 17:37

En plus j'adore les chats !!! C'est justement parce que je les aime que j'en parle souvent dans mes textes !!! :-p

clo

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clo
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MessageSujet: Re: Obsession   Ven 17 Fév - 17:39

Suite...


Je devins rapidement irritable avec les humains. Ma sociabilité déjà basse à l’origine se dégrada et ma haine pour les quadrupèdes se transforma peu à peu en intolérance et dégoût pour « ceux qui marchent debout ». Je ne sais à quel moment ce changement se produisit, toujours est-il que mes proches furent les premiers à en souffrir. Je me mis à répondre à ma mère avec un agacement exagéré, ses paroles devinrent des miaulements rauques.

Comment avais-je pu vivre à ses côtés sans me rendre compte de cela ? Ces jouissives actions m’avaient ouvert les yeux ! J’étais assez fort, assez brillant pour être à même de surplomber les autres. Ma puissance meurtrière naissant de mes mains m’offrait le pouvoir d’exposer ma supériorité. Ce vulgaire chat avait peut-être réussi à gâter mon visage mais je l’avais puni et ma joue s’habituait peu à peu à cette immonde trace.
Je m’étais souvent senti au-dessus des autres. Ma mère m’avait emmené un jour chez un spécialiste, j’appris que je possédais un QI plus élevé que la moyenne des autres garçons de mon âge. Ces termes me semblaient étrangers au début, mais maintenant je savais. J’étais plus intelligent, on me devait le respect. On devait me craindre. Comment avais-je pu passer à côté de cela ?? Du haut de mes dix ans, j’avais déjà la certitude du pouvoir de mon être, de la soumission que je pouvais exercer sur les autres. Un rien m’irritait, une parole, un geste, une démarche dont le déhanchement ne correspondait pas à mes critères.

Mon père n’existait pas. Seule ma mère m’élevait. Elle avait le teint terne, les cheveux en friches, une moue lasse. Ses manières gracieuses et sa peau grainée de soleil qui avaient submergé mon cœur du doux péché d’ Œdipe s’étaient envolées. Je me mis à la haïr. La haine est bien plus forte lorsque l’on s’en persuade, lorsqu’on s’y oblige. Elle se mit à embaumer le parfum des fleurs dont j’étais allergique, à vomir ses mots à défaut de les articuler. Je la façonnais en l’image la plus détestable. J’avais besoin de cette haine, les chats n’étaient plus suffisants. J’exultais, immergé dans ce dégoût maternel, j’avais un but : la haïr de plus en plus.
Je pris donc un malin plaisir à épier ses faits et gestes, rôdant près de sa chambre. Je me transformais en vautour survolant sa proie fétide qui lentement se décompose. Je crois que j’attendais le moment où elle n’allait plus rien signifier pour moi, lorsque son enveloppe ainsi que son âme me seraient plus qu’insupportables. Je ne me posais aucune question. Pourquoi moi ? Pourquoi tant de haine ? C’était de la banalité, tout cela était si normal. Cette griffure n’avait peut-être pas été le commencement mais un simple élément révélateur de ce que j’avais toujours été. Mon quotient intellectuel m’avait toujours élevé au-dessus des autres, même de ma propre mère. Avec son corps difforme, ses pommettes osseuses, son regard si creux. D’ailleurs était-elle vraiment ma mère ? J’étais bien trop beau pour être sorti d’un tel ventre flasque et boursouflé. Oh ! Je me mis à la haïr, elle m’irritait, elle me faisais me gratter comme au contact de l’ortie. Elle m’obsédait jusque dans mes rêves, c’était un démon vociférant des cris inhumains. Tout devenait si limpides: elle devait mourir de mes mains !


(to be continued)

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MessageSujet: Re: Obsession   Ven 17 Fév - 17:44

heu... au moins c'est franc !
On attend la suite (et la fin ?) avec la même impatience qu'un félin attendant sa pâtée de Ronron au tue-minet...

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MessageSujet: Re: Obsession   Lun 27 Fév - 19:24

suite et fin donc...

Mais comment faire ? Elle n’était pas un chat, une boule de poils idiote que l’on tue à coups de pierres. Comment faire taire ses jérémiades ? Ces petites plaintes quotidiennes qui emplissaient la maison de gémissements. Ma première envie fut de l’étouffer avec un oreiller ; boucher son orifice bruyant avec un tas de plumes, rien de plus délicat, de plus jouissif pour mes oreilles. Mais, mon intelligence indéniable me rappela mon frêle gabarit de dix ans face aux quarante-cinq années de graisse et de paresse de ma mère. Allais-je avoir assez de force dans les bras pour maintenir fermement l’oreiller ? J’en déduis rapidement que non et je décidai d’orchestrer sa mort d’une façon qui flatterait mon quotient intellectuel plus que ma force physique.
Je me mis en quête d’un stratagème pervers qui aurait même - pourquoi pas ? - les capacités de la rendre un peu folle avant qu’elle ne succombe à petit feu ! Je voulais trouver un moyen de la faire juste assez tourner en bourrique avant que je n’abrège ses ridicules souffrances, comme un fauve jouant avec son dîner avant le coup de crocs fatal. Plus cette idée trottait dans ma tête, plus je me réjouissais en pensant à la délectation que pourrait me procurer le pitoyable spectacle de ma mère assistant, impuissante, à sa propre dérive mentale. Cette perspective me grisait, je sentais monter en moi une nouvelle vague de plaisir sublime.

Je commençais par cacher la télécommande de la télé ! Je savais que c’était comme séparer ma mère de sa meilleure amie. Je fourrais l’objet sous mon oreiller et, le soir venu, alors que l’émission favorite de ma génitrice allait inonder les ondes d’idioties, je descendais dans le salon. Et quel spectacle ! Quel ballet réjouissant ! Ma mère, les cheveux en bataille, le sang aux joues et parfois, les yeux humides, soulevait chaque coussin du canapé, se mettait à quatre pattes pour inspecter sous les meubles. J’avais tellement pitié pour elle…..mais une pitié perverse, d’autant plus que je savais qu’il y avait une commande directement sur le poste de télé ! Mais sa flemme était si grande qu’elle préférait son petit objet fétiche à tripoter. Elle embaumait la lassitude, la paresse laborieuse, mêlé à son désarroi face à cette disparition terrible, ce parfum faisait frémir mes papilles synaptiques. Elle se résignait enfin à déplacer sa lourde masse jusqu’au poste et d’un mouvement lent et pesant, elle appuyait sur les touches pour saisir sa chaîne. Elle soufflait en se laissant tomber sur le canapé, le sourire aux lèvres mais l’œil tout de même hagard aux moindres recoins de la pièce.
Au petit matin je descendais l’objet de convoitise et le posais bien en évidence sur la table, au-dessus de la pile de magazines et programmes TV. Inutile de préciser l’état de mon infâme génitrice découvrant cette réapparition subite. Au bout de quelques jours, ce petit stratagème m’enchanta amplement, ma mère me demandait même de l’aide dans ses recherches effrénées, incapable de se douter que j’en étais à l’origine !
Jusqu’au jour où elle se mit en tête de farfouiller dans ma chambre et tomba nez- à- nez avec l’objet de ses désirs planqué sous mon oreiller !! Mon plan tourna court. J’arrivai à peine dans la pièce que son regard s’enfonça déjà dans mon corps telle une épée de Damoclès m’assaillant soudainement. Il fallait que je trouve un moyen d’éviter ce regard, de reprendre le dessus. Ma haine remontait lentement, comment avais-je pu me laisser doubler ? Je m’en voulais affreusement. Elle, elle me fixait comme si elle contemplait un étranger, elle paraissait envahie d’une étrange perplexité. Ah ! Je m’en voulais tellement ! Il fallait que je me rattrape, que je dise ou fasse quelques choses, mais ma bouche demeurait fermée et mes membres raidis. Avais-je peur d’elle ? De ce regard ? Je ne savais pas. Elle avançait lentement vers moi, les yeux soudainement remplient d’une lueur incrédule. Sa bouche s’entrouvrait mais rien ne sortait. Elle comprenait peut-être qu’elle ne me connaissait pas dans le fond, que ce mélange de sa chair et de son sang n’était plus sous son contrôle. Je reculais….Mon Dieu ! Je reculais devant elle ! Prenait-elle le dessus ? Ce ballet de regards perplexes et de haine refoulée dura un instant qui me parut durer de longues heures. Des heures d’agonie qui me dévoilaient peu à peu. Tels deux coqs dans une arène, prêts à se voler dans les plumes pour satisfaire un ego blessé, nous nous mîmes à se tourner autour. Et bientôt, c’est ma mère qui reculait lentement sous la pression de mes pas assurés. Elle comprit. Je pense qu’elle saisit l’espace d’un instant ce qui se tramait dans mon esprit : un tremblement de sourcils et je sus. Etait-ce de la terreur qui peu à peu creusait ses traits ? Je la sentis de nouveau sous mon emprise . Tout se jouait à des expressions claires mais discrètes sur nos deux visages comme autant de signaux de danger. Je pouvais désormais reprendre le contrôle, désirer de nouveau la mort de cet animal ridicule. J’étais une fois de plus face à un chat stupide qu’il suffisait de lyncher pour faire taire les miaulements indésirables. Je me sentais si intelligent, j’étais au-dessus de tellement de choses, de principes d’éthique, de morales mielleuse. Je ressentis à ce moment tout le poids de ma supériorité. L’origine de cette haine n’avait plus d’importance, elle était et cela me suffisait. J’étais haineux et grand, rien que cela me donnait un pouvoir incroyable. Et elle, elle reculait petit à petit. Tellement finement qu’il eût fallu une loupe pour noter son déplacement. Quant à moi, mon esprit bouillonnait d’idée, j’étais devenu comme fou ! Un désaxé, un aliéné du bocal comme diraient certains ! La balafre brune qui sciait mon visage se mit alors à picoter, comme si toute la haine originelle voulait s’en échapper, exploser au visage de cet être suintant la banalité. Une chaleur étrange m’enveloppa le corps, une excitation intense fit trembler ma peau. Si j’avais eu treize ans à ce même moment et une puberté affirmée, cette violente torpeur m’aurait donné à connaître un émoi sexuel. Tant d’évidence, de certitude sur mon propre ego me submergeait littéralement de plaisir. Il fallait que je trouve le moyen subtil et infaillible de faire éclater ce potentiel intellectuel. Je continuai d’avancer sur elle, les yeux fixés au siens.
Soudain, un vacarme assourdissant grilla tous mes espoirs et fit taire mes pensées. Ma mère tombait. Elle dévalait les escaliers, le corps plié tel un pantin dont les fils auraient été coupé par un farceur pervers. Des craquements sourds ponctuaient ses râles de douleur. Le silence revint alors que sa masse inerte atterrit sur le tapis en contre-bas. Je restais stupéfait, bouche-bée face à un tel évènement imprévu. Je descendais pas à pas les marches, le regard toujours rivés sur le corps recouvert d’une simple robe de chambre bleue entr’ouverte et dévoilant des jambes nues et grasses. Ce n’étais pas possible ! Un tel silence après une telle cacophonie de bruits singuliers ! Je me souviens avoir vu sur la cinquième ou sixième marche une touffe de cheveux maculée de sang, je restais glacé de stupeur. Pas morte ! Non ! Pas morte ! Elle n’avait pas le droit de me faire ça ! J’accourais sur son corps et le retourna avec vigueur, elle avait les yeux clos, elle ne m’inspectait plus, méfiante. Elle était éteinte. Mes idées de vengeance meurtrière se retrouvèrent prisonnières de mon esprit. Tout cela pour rien ! Une lourde chute dans l’escalier, rien de subtil en somme, rien de très glorieux pour un génie si brillant que le mien. J’avais raté ! J’avais raté mon but, ma chance ! Je me sentis si blessé, si pitoyable face à cette mort « accidentelle ». Je regardais le vide, incapable de réfléchir. Elle était morte d’une façon tellement peu originale. Je me pris la tête entre les mains, mon ingéniosité en fut touchée à jamais, je fondis en larme. J’avais dix ans et je pleurais. Comment avais-je pu laissé faire ça ? La chaleur que j’avais ressenti un peu avant revint m’envahir mais, cette fois, cette sensation me fut si désagréable que je me mis à hurler. Les larmes brouillaient mon visage, je ressentais tellement de honte. Honte, honte qui me faisait suffoquer, je n’étais plus rien qu’un enfant face au corps inerte de sa mère. Mes prodigieux projets ne pourraient plus jamais se réaliser. Et cette masse à mes pieds me semblait plus flemmarde que de son vivant, elle me narguait. Elle avait gagné.
Plus tard, des dizaines de personnes avaient remplies la pièce de leur vacarme aigu, des bruits sourds de leurs chaussures sur le sol. On me fis sortir, je pleurais toujours et fixai une dernière fois le cadavre mou. Il n’avait de cesse de me sourire à travers le sang s’échappant en filets bruns de cette bouche difforme. Une fois dehors, on me laissa au côté de badauds curieux que le spectacle faisait frémir d’excitation. Les larmes roulant toujours le long de mes joues et le regard inexpressif fixant le goudron râpé, j’entendis un peu plus haut, susurrer dans la foule :
« Le pauvre enfant ! Il devait beaucoup aimer sa mère pour afficher une telle détresse. »


clo

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MessageSujet: Re: Obsession   Lun 27 Fév - 22:07

j'en reste sans voix, je ne sais quoi dire après ça...

Dans deux jours, remis des mes émotions, sans doute pourrais-je t'en dire quelque chose, mais là...

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MessageSujet: Re: Obsession   Mar 28 Fév - 0:22

Très beau texte!! A déconseiller à tous les instit' (Gérard si tu nous lis, :zut y'a pas le smiley qui fait Salut comme sur "Parlons Ciné": ) pour la Fête des Mères quand même...

Anyway:

Félicitations Lancelot cheers cheers cheers !!

Cette fin m'a fait pensé à "Vipère au poing" à des moments...

Non vraiment, j'ai beaucoup aimé...

Twisted Evil niakniakniak

Ztn, le gars qui, lui, aime sa môman.
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MessageSujet: Re: Obsession   Mar 28 Fév - 11:51

Héhé bah merci ! J'avoue que c'est mon texte préféré de tous ceux (les rares) que j'ai pu finir...

Lorsque je l'ai fait lire à ma Marraine (qui écrit aussi), elle m'a dit "Surtout, ne le fais pas lire à ta mère !" !!!

Oui, j'aime ma maman, ne vous inquiétez pas !!!!!!!!!

I love you I love you I love you I love you

Clo

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