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 Un Instant

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clo
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MessageSujet: Un Instant   Jeu 2 Mar - 22:14

Voilà, le début d'une de mes nouvelles.

Ses cheveux étaient totalement emmêlés et de lourdes mèches lui retombaient sur le visage au gré des rafales. « Saloperie de vent, » marmonna-t-elle. Elle passa et repassa la main dans sa tignasse brune afin de tout remettre en place mais rien n’y fit, le vent était plus fort. Julia essayait donc, tant bien que mal, de faire son boulot et tendait aux passants frigorifiés les journaux qui lui pesaient dans les bras. Elle ne comptait même plus les « bonjour » qu’elle jetait dans la rue face aux vagues incessantes de personnes qui sortaient du métro. Elle avait cessé ce petit jeu dès son deuxième jour ici. Elle n’était d’ailleurs même plus sûre de la signification exacte de ce mot et semblait être programmée comme un robot à le répéter sans cesse. Elle avait aussi cessé de faire attention aux réponses des gens qui lui prenaient le journal. Elle croyait parfois se noyer dans une mare de politesse où les « bonjour », « au revoir » et autres « bonne journée » se livraient bataille. Pour Julia, le seul but à atteindre était de donner le maximum d’exemplaires pour, pourquoi pas, finir avant l’heure et se tourner un peu les pouces avant l’arrivée du chauffeur. Alors, elle gardait le bras tendu, un sourire figé aux lèvres telle une speakerine ou une vendeuse de chaussures. Elle n’avait plus qu’un mot d’ordre : productivité ; et son credo était : « Faire en sorte que chaque personne croit être la première que je vois de la matinée. »
Alors, pendant deux heures elle se forçait de garder un dynamisme constant et une allure avenante.
Mais aujourd’hui, elle n’en pouvait plus. Ses doigts engourdis se crispaient sur les journaux, un vent incroyable la faisait tourner en bourrique et des dizaines de « non merci » semblaient fuser de toutes les bouches glacées. Julia contemplait les masses de gens qui s’engouffraient dans le métro, serrant leurs petites laines estivales sur leurs corps tremblant et elle aurait donné n’importe quoi pour sentir le souffle chaud émanant de la bouche de métro tel le crachat d’un dragon. Mais il lui restait encore une bonne heure à tenir et, en plus, un mal de ventre lui donnait parfois envie de vomir.
Des journaux se mirent à s’envoler, arracher de leur chariot par une rafale sournoise et Julia se mit à courir le long du trottoir en pestant. Excédée, elle les jeta à la poubelle. « En voilà trois qui ne m’feront plus chier ! » Elle se retourna et déjà des dizaines de personnes s’approchaient d’elle, les mains tendue attendant leur précieux du, comme si ces journaux avaient été des tickets de rationnement. Julia eu envie de les détester tous, de leur jeter les journaux à la figure et de filer en courant, déchirant au passage le satané K-way vert qu’elle avait sur le dos. Au lieu de ça, elle distribua consciencieusement les journaux, prenant soin tout de même de servir en dernier ceux qui paraissaient les plus pressés. La masse disparut et ce fut de nouveau le creux de la vague, tranquille, où seul les bourrasques de vent rendaient Julia complètement folle. Ses cheveux gonflèrent de nouveau et elle repassa sa main pour les lisser une énième fois. Un ras-le-bol la submergea et elle prit son portable dans sa poche pour vérifier l’heure qu’il était. « Oh, c’est pas vrai…. » soupira-t-elle en découvrant l’écran de son portable éteint. La batterie s’était encore une fois vidée en quelques heures ! C’était décidé, elle irait racheter un nouveau portable une fois son travail terminé.
« -Excusez-moi mademoiselle. »
Julia se retourna vivement, son plus beau sourire pendu aux lèvres, et tendit un journal. La femme en face d’elle regarda l’exemplaire et fit une moue.
« - Ah non, ça j’en veux pas ! Pourriez-vous juste m’indiquer la rue Servient. »
En temps normal, Julia aurait sûrement répondu :
« - Ah, la rue Servient ! Vous allez tout droit dans cette direction et c’est la grande rue que vous allez croisez au premier feu. »
Ou même, s’il n’y avait pas ce vent, ce mal de ventre et ses journaux volants mais qu’elle serait tout de même pressée, elle répondrait :
« Ah non, désolée, je ne connais pas le coin. »
Mais aujourd’hui, accablée de tous ces facteurs et des cinq mois de boulot qu’elle traînait derrière elle, tous remplis du même genre de questionnements, elle ne pu réprimer :
« - Bon vous le prenez ou pas ? Je bosse là au cas où vous ne voyiez pas ! C’est pas parce que je porte un K-way et que, par conséquent, je suis distincte dans la foule, que je suis disposée à vous servir de guide ! Là, JE BOSSE !! »
Puis, elle tourna les talons vers l’autre sortie de métro et remit son sourire en place. Elle était blasée, même de ce qu’elle venait de faire. La femme passa devant elle avec un regard noir mais Julia ne prit même pas la peine de la regarder. Elle se rendit compte qu’elle était vraiment devenue un mur « pare gens » avec ce boulot. Que ce soit les regards glaçants, les visages fermés ou même les blagues ridicules, elle avait toujours la même attitude, elle ne faisait même plus attention. Elle était un automate destiné à servir et même son cerveau s’y était accommodé.
Son mal de ventre reprit, une énorme bourrasque fit envoler la pile de journaux qu’elle tenait et jeta ses cheveux sur son visage en de gros paquets noués. Elle sentit comme une force incroyable monter en elle et hurla au premier passant venu « Merde ! »


« -Merde ! »
Carine se mit à ralentir à la vue de la longue file de voiture qui s’étalait devant elle. Elle allait encore être en retard. Elle prit une longue bouffée sur sa cigarette et souffla la fumée par la vitre entrouverte. Mais le vent ramena d’une rafale les volutes à l’intérieur de la voiture. Carine toussa en refermant la vitre.
« -Quel vent ! »
Elle écrasa son mégot dans le cendrier et éteignit la radio qui hurlait un vieux tube des années 80. Ce soir, c’était décidé, elle dormirait chez Jean. Elle enclencha la première et avança lentement au rythme du flux des voitures. Elle imaginait déjà la tête du metteur en scène en train de pester. Elle passa au orange, de toute façon tout le monde le fait alors, et rejoignit le pont de la Mulatière. Elle était définitivement en retard. Ce soir, c’était décidé, elle demanderait à Jean de vivre avec elle. Elle sourit à cette pensée en s’engageant lentement sur pont. A mi chemin, alors que la situation semblait totalement bloquée, Carine jeta un œil au pont Pasteur sur sa droite. La circulation y était bizarrement fluide. Elle décida de faire un crochet, au moins, de ce côté, elle roulerait plus vite. Après un bref coup d’œil dans l’angle mort, elle s’inséra vivement dans la file de droite et ce fut une Laguna qui lui défonça la portière arrière. Elle soupira en posant la tête sur le volant : ce soir, c’était décidé, elle demanderait Jean en mariage.

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MessageSujet: Re: Un Instant   Jeu 2 Mar - 22:19

J'ai encore du mal à cerner ce que fait Julia dans la vie, mais c'est un bon début, vivement la suite !

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MessageSujet: Re: Un Instant   Jeu 2 Mar - 22:22

C'est très très autobiographique lol... en fait, Julia diffuse des journaux gratuits dans la rues... Mais c'est vrai que si on habite pas une grande ville, on comprend po.....

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MessageSujet: Re: Un Instant   Jeu 2 Mar - 22:25

Je comprends mieux le K-Way...

J'aime beaucoup la fin, le cheminement de sa pensée, de sa décision...

Autobiographique, tu dis ?!

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MessageSujet: Re: Un Instant   Jeu 2 Mar - 22:28

Bah concrètement, je suis Julia. C'est un truc qui m'est réellement arrivé, tu verras par la suite...

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MessageSujet: Re: Un Instant   Jeu 2 Mar - 22:37

j'ai hâte de lire la suite en effet !

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MessageSujet: Re: Un Instant   Sam 4 Mar - 14:24

Bienvenue de le monde impitoyable de la diffusion de gratuits!!
Bizarrement j'ai aussi une sensation de déjà vécu... sans compter les "Direction Perrache c'est par ici? -Bah oui (ducon) c'est marqué là, (alors ouvre tes yeux et laisse moi bosser!!)"

En tout cas j'aime beaucoup ce qui s'annonce comme des destins si ce n'est croisé, au moins parallèle...

Ztn, le gars qui compatit à la situation de tous les diffuseurs de FRance et de Navarre.
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MessageSujet: Re: Un Instant   Sam 4 Mar - 16:24

suite...

Julia claqua la porte en râlant. Elle enleva ses chaussures sans prendre le soin de dénouer ses lacets et coura jusqu’au lit où elle s’écroula. Jeremy, pianotant sur son ordinateur, sans détourner le regard lui lança :
« - Oh ! Bad day ? »
Julia lui répondit par un grommellement étouffé par l’oreiller puis elle se retourna sur le dos.
« - Bah, je vais sûrement me faire virer, j’ai des nids de poules dans les cheveux et mon portable est à jeter.
- Ah bah tout va bien alors, pas de quoi claquer les portes.
- Pff, j’en ai trop marre de ce boulot pourri. J’en ai trop marre de tout en ce moment de toute façon. »
Jeremy délaissa son ordinateur et vint se poser près d’elle.
« - Que se passe-t-il madame ?
- Je sais pas.
- Pourquoi tu dis que tu vas te faire virer par exemple ?
- Peut-être parce que j’ai répondu à une femme un peu sèchement et que j’ai hurler après un gars.
- Fallait bien que ça arrive un jour non ? T’es pas croyable toi !
- J’ai besoin de plus de réconfort que ça tu sais. Les gens sont des cons ! Tu vois, ni bonjour, ni merde !! J’ai parfois l’impression d’être un chien, à leur entière disposition. J’en avais trop marre de ce job, mais bon, c’était un boulot quoi ! Qu’est-ce que je vais faire maintenant ? »
Jeremy la prit dans ses bras et lui embrassa le front. Ils fermèrent les yeux un instant et cessèrent de penser à quoi que ce soit.


Carine entra en trombe dans la salle de répétition, les cheveux hirsutes et les yeux enflammés. Elle traversa les rangées de sièges et rejoignit la scène sous les regards des autres comédiens et du metteur en scène qui lâcha :
« - Ah voici notre Mademoiselle Julie !
- Pardon, pardon, pardon, lança Carine au groupe en grimpant sur l’avant scène.
- Que s’est-il passé aujourd’hui ? »
Le metteur en scène, bras croisé, la fixait tel un instituteur surprenant une petite fille en train de copier sur son voisin.
« - J’ai eu un accident de voiture, il a fallut faire un constat et le gars n’était pas vraiment commode si tu vois ce que je veux dire Michel. En plus, mon portable n’a plus de batterie alors impossible d’appeler. Je suis navrée…
- Oui, et bien en place maintenant. On va se refaire la scène 5, celle qu’on avait fait que survoler la dernière fois. »
Les autres comédiens acquiescèrent d’un regard entendu et tournèrent les pages de leurs textes. Carine ouvrit grand les yeux et soupira. Michel croisa les bras, le regard toujours rivé sur sa comédienne et comprit.
« -Ton texte, c’est ça ? »
Carine se prit la tête dans les mains et Michel leva les yeux au ciel.



Julia avait la tête posée sur la grande vitre du tramway et semblait assoupie. Son corps tremblant au rythme des rails. Elle avait laissé Jeremy à son ordinateur et s’apprêtait à remuer de la paperasse à la Faculté avec des secrétaires qu’elle savait déjà antipathiques. Elle ouvrit les yeux et regarda dehors, le vent était tombé et un grand soleil éclaboussait la rue. Mais elle ne reconnu pas le paysage qui l’entourait. Elle se retourna vers sa voisine, les yeux encore embrumés de sommeil.
« - C’est quel arrêt, s’il vous plaît ?
- Nous arrivons à Hauts de Feuillis je crois. »
Julia se redressa sur son siège. Elle aurait du s’arrêter bien avant. Elle descendit en trombe du tramway et fonça vers le quai opposé. Elle soupira en se frottant les yeux, voyant que le prochain tramway n’arriverait que dix minutes plus tard.


Les bras chargés de courses, Carine sonna chez Jean. Il lui ouvrit avec un large sourire et la délesta de ses paquets.
« - Quelle journée de merde ! »
Elle s’écroula dans le canapé et se massa les chevilles. Jean posa tout dans la cuisine et vint s’asseoir près d’elle.
« - Alors, ta voiture, ça va ?
- Oui, oui, mais bon je vais encore devoir banquer pour la portière arrière. Elle ne s’ouvre plus…Parce que, bien sûr, c’était de ma faute ! »
Jean la prit dans ses bras et sourit.
« - Mon petit doigt me dit que ce n’est pas tout….
Carine soupira.
- Michel m’a incendiée aux répétitions, je n’avais pas mon texte et, bien sûr, je ne le connaissais pas par cœur. Ca a viré au cauchemar, je suis devenue sa bête noire, c’est atroce ! Je sens même qu’il va me retirer le rôle de Mademoiselle Julie !
- Il ne peut pas faire ça, si ?
- Si……..
- Ah.
- Il va sûrement me faire jouer une chaise ou une table ! De toute façon avec mon charisme et mon jeu………
- Ouhla ! Tu t’emportes ! Ne commence pas à t’auto critiquer, j’ai horreur de ça !
- Excuse-moi…. Et en plus de ça, j’ai passé près d’une heure et demie au centre commercial dont presque quarante cinq minutes à faire la queue à la caisse ! Tout ça avant de me rendre compte que j’avais oublié mon sac au théâtre. Qu’est-ce que tu dis de ça !
- C’est pas vrai ? Bah, c’est pas ta journée toi !
- J’ai du tout laisser à la caissière et retourner, à pieds, jusqu’au théâtre puisque, bien sûr, je n’avais pas d’argent pour acheter de tickets de métro !
- J’y crois pas, c’est un sketch non ?! En plus, je t’ai connue dans une période où frauder ne t’effrayait pas tant que ça !
- Ravie de voir que ma journée te fasse autant rire. C’était pas le but recherché, mais bon. Bref, je suis là, cette journée est passée…
- …et la soirée ne fait que commencer ma p’tite ! »
Jean serra Carine contre lui et la berça tendrement. Elle s’apaisa dans ses bras et ferma les yeux un instant, repensant à cette idée stupide qui lui avait traversé l’esprit dans sa voiture. Elle sourit.



clo

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MessageSujet: Re: Un Instant   Sam 4 Mar - 21:04

la suite, la suite !

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MessageSujet: Re: Un Instant   Dim 5 Mar - 0:48

Encore! Encore!!

J'ai hâte!!!!
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MessageSujet: Re: Un Instant   Mer 8 Mar - 19:56

Voilà, j'arrive pas de panique !!

Suite et fin !

La nuit était tombée depuis peu, Julia tentait de suivre l’allure de Jérémy qui ponctuait ses pas par de grosses bouchées de Big Mac. Leurs chaussures claquaient sur le trottoir en rythme. Jérémy jetait des coups d’œil à la route, jaugeant le flot des voitures avant de traverser. Soudain, il accéléra le pas.
« - Grouille Ju ! On traverse là ! »
Julia se mit à courir, se renversant au passage quelques gouttes de Coca sur les doigts.
« - Je déteste manger en marchant ! lança-t-elle après avoir rejoint l’autre côté de la rue.
- Tu vas pas recommencer à râler ! C’est pas vrai ça !
- Oui, bah si tu nous avais pas mis en retard on n’en serait pas là ! De toute façon, je sens qu’il n’y aura plus de place !!
- Si tu voulais pas venir, fallait le dire tout de suite, j’aurais demandé à Jérôme ! Lui au moins, il m’aurait pas soûlé comme toi !! »
Ils pénétrèrent dans la bouche de métro et se mirent à attendre en mangeant. Julia grommelait en finissant ses frites et Jérémy soupirait entre deux gorgées de Coca.
« - Bon, tu vas me faire chier toute la soirée ? C’est pas parce que Madame a passé une journée de merde que je dois tout prendre dans la tête.
- Je te mets rien dans la tête, mais c’est vrai que cette soirée ne me branche pas plus que ça.
- Bah casse-toi ! Je t’ai rien demandé moi ! Je t’oblige à rien !
- Mais je voulais être avec toi !
- Ok, bah alors, sois avec moi mais ne râle pas. »
Le métro arriva en trombe dans la station et ils ne s’adressèrent plus la parole jusqu’à l’arrêt suivant. Ils arrivèrent sur la place, elle était bondée. Julia se retourna vers Jérémy.
« - Qu’est-ce que je te disais !
- Merde, il y a même des gens qui ont apporté leur propre chaise.
- Et y’en a même assis par terre ! »
Julia se faufila dans les bras de son ami et lui sourit. Il comprit qu’elle s’excusait et ils s’enfoncèrent dans la foule à la recherche d’une place.


Carine se posta à la fenêtre, une cigarette entre les doigts et fronça les sourcils. Jean la rejoignit.
« - Tu sais quelle est, selon moi, la chose la plus moche au monde ? Une femme qui fume.
- Je sais. C’est d’ailleurs pour ça que c’est ma dernière… Dis-moi, c’est quoi cet attroupement sur la place ?
- Ca ? L’Institut Lumière fait des projections en plein air. C’est la dernière ce soir, c’est pour ça que c’est bondé de monde. Je crois que c’est un Hitchcock mais je ne pourrais pas te dire lequel.
- Ah ok ! Je ne savais pas qu’ils faisaient ça. Ca ne te dérange pas trop au niveau du bruit ?
- Non. Enfin, on entend pas mal mais quand on pense que ce n’est que trois soirs par semaine pendant un mois, c’est rien. En plus, c’est gratuit et ça ouvre les portes du cinéma à ceux qui n’en ont pas les moyens, alors pourquoi pester ? Sérieux, j’aurais l’air d’un con, non ?
- « Pester » ? D’où tu sors ce mot ?
Carine se tourna vers lui, le regard pétillant.
- Ah ! Ah ! J’adore quand tu écoutes ce que je dis avec attention. »
Il l’a prit dans ses bras et l’embrassa langoureusement.
« - Tu sais que je t’aime hein ? Encore plus quand tu me prends pour un imbécile.
- Je t’aime aussi, tu es la rare personne capable de me faire oublier une journée affreuse en l’espace d’un câlin et d’un baiser. »


« - C’est très gentil à vous.
- Vous savez, nos amis ne viendront pas et on vous voyait tourner en rond alors ! »
Jérémy sourit à la dame avec politesse et s’assit. Il se tourna vers Julia.
« - On en a de la chance ma puce hein ! On est passé au bon endroit au bon moment, et hop deux places super bien placées !
- C’est sûr, j’ai bien cru qu’on allait devoir faire demi-tour. »
Ils se serrèrent l’un contre l’autre et attendirent le discours du directeur de l’Institut Lumière avant le lancement du film. Enfin, il arriva et présenta le film avec, de temps en temps, des problèmes de micro qui ponctuaient ses propos de lourds silences.
« - Mais avant toutes choses, un film qui nous tient beaucoup à cœur. Un court-métrage très intéressant que les habitués de ces projections connaissent bien, c’est une sorte de porte-bonheur que l’on ne passe que lors des dernières. Il s’agit d’un film simple……


-…... mais en même temps rempli d’une intense émotion sur ce jazzman qu’est Chet Baker, filmé de la manière la plus, je dirais, naturelle qui soit et où il nous parle à sa façon de sa vision de la vie et de l’amour. Je vous souhaite une bonne projection à tous !
Carine avait ouvert la baie vitrée et se tenait sur le balcon, un verre de vin à la main.
« - Jean ! Viens, c’est Chet Baker !
Jean accourut avec un plateau de petits fours qu’il posa sur la table. Il se servit un verre et s’accouda au balcon.
« - Ah Chet ! En plus ce court est magnifique, je l’ai vu l’année dernière, il est……..
- ……simple mais en même temps rempli d’une intense émotion ?
- Voilà, c’est ça ! »
Ils se mirent à écouter, heureux d’être là à cet instant. Baignant dans une allégresse voluptueuse tel un écrin d’ouate. Ils se regardaient et buvaient, savourant chaque seconde. Ils ne regrettaient qu’une chose, ce fût que l’écran ne leur faisait pas face et que ne leur parvenait que le son. Qu’importe, la musique était enivrante, peut-être plus que le vin. Chet Baker susurrait de sa voix rauque qu’il « l »’aimait et ils se blottirent l’un contre l’autre.
« - Tu danses ? »
Jean avait posé son verre sur la table et faisait se balancer les hanches de Carine au rythme des notes. Elle lui sourit et posa son verre à son tour. Ils dansèrent sur la terrasse de son appartement, accompagné du jazzman qui semblait les bercer au creux de leurs oreilles. Il ne chantait plus que pour eux deux. Il était là, assis sur la balustrade du balcon, sa trompette poussant de longues plaintes d’amour. Ils tournèrent, enlacés dans les bras l’un de l’autre, tournèrent jusqu’à ce que même le sol devienne irréel. Carine prit une bouffée de cet air merveilleux qui prenait source au fond de l’instrument du musicien et venait mourir sur l’épaule de Jean. Cette idée, ce matin, après tout n’était peut-être pas si stupide. Après tout, pourquoi pas ? Elle laissa fondre ses mains dans celle de l’homme qui la serrait contre lui et ferma les yeux l’espace d’un instant avec pour toute berceuse le murmure d’une trompette.


Julia se blottit un peu plus dans les bras de Jérémy. Cette chanson semblait lui rappeler à quel point elle l’aimait. Elle fixait l’écran, regardant Chet Baker presque miséreux, lançant sa plainte de sa voix qui lui semblait saturée de fumée et de goudron de cigarette. Elle leva les yeux au ciel, admirant les étoiles comme autant de petits projecteurs braqués sur le musicien. Elle fixa quelques visages dans l’assemblée, tous subjugués devant la beauté de ses images et de cette musique envoûtante. Le jazzman était assis sur un tabouret, son groupe derrière lui, et faisait osciller les notes, tête baissée, l’air abattu comme quelqu’un qui avait tout connu, même les pires chagrins d’amour. Julia se tourna vers Jérémy et l’embrassa sur la joue. Il fixait l’écran, lui aussi sous le charme. Elle leva les yeux au dessus de l’écran, attirée par l’immeuble en face d’elle et ne pu réprimer un sourire. Un couple dansait sur une terrasse comme deux petits automates tournoyant en un rythme calculé. D’où elle était, Julia eut l’impression que ce couple était minuscule et évoluait sur le haut de l’écran, comme sur un fill invisible. Elle sourit de nouveau et pensa qu’ils devaient être très amoureux. Cet instant lui parut presque magique. Alors que tout avait si mal commencé, il lui semblait que la soirée lui envoyait des signes. Une vague de bien-être l’envahit, elle voulait profiter de chaque seconde, de la musique, du noir et blanc vieillot de l’image, de la poésie de ce couple enlacé…. Jérémy n’avait rien remarqué, son regard tourné vers l’écran. Elle se rapprocha de lui et lui susurra à l’oreille « je t’aime ». Il se tourna enfin et sourit. Les petits projecteurs avaient envahis ses yeux et la trompette se tu en un souffle.



clo

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MessageSujet: Re: Un Instant   Mer 8 Mar - 20:24

Qu'est-ce que je peux être fan de cette nouvelle...*soupir*

"Amour, amour, je t'aime tant" chantait Catherine sous sa peau d'âne....

Je crois qu'il y a tous les éléments pour faire de ce texte, une très belle "oeuvre" : du concret et en même temps plein de poésie.
Et puis j'aime beaucoup la façon dont les chemins de Julia et Carine se croisent.

Bref, smily ola pour Klo!
cheers cheers cheers cheers cheers cheers cheers cheers cheers cheers cheers cheers cheers cheers cheers cheers


Encore bravo!

Zitoun, le gars qui s'incline
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MessageSujet: Re: Un Instant   Mer 8 Mar - 20:54

Ouhla merci !

Je pense que cette nouvelle est pas mal car j'ai vécu ça, donc c'est plus facile à décrire...

Merki !!

clo

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MessageSujet: Re: Un Instant   Mer 8 Mar - 21:30

L'autobographie, y'a que ça de vrai !
je me le garde pour plus tard, mais j'ai hâte de le lire !

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MessageSujet: Re: Un Instant   Mar 14 Mar - 1:18

Je viens de lire la dernière partie, c'est très beau, je n'ai pu m'empêcher de sourire grâce aux danseurs d'au dessus de la toile, très joli, bien trouvé !

Bravo Clo !

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clo
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MessageSujet: Re: Un Instant   Mar 14 Mar - 8:31

Bah c'est pas bien trouvé, c'est la vérité, ça m'est vraiment arrivé... C'est la vie qui est bien trouvée

clo

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Il venait, en chantant, onze petites filles aveugles de l'orphelinat de Jules l'Apostolique - L'Ecume des Jours, Boris Vian
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Taho!
plume de mammouth
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MessageSujet: Re: Un Instant   Mar 14 Mar - 11:27

Alors tu as une jolie vie ! drunken

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Zitoun
Plume de Ptérodactyle
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MessageSujet: Re: Un Instant   Mer 15 Mar - 1:01

Oh c'est bôôôôô.............

*soupir*
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MessageSujet: Re: Un Instant   

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Un Instant
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